EHDS : votre système d’information est-il vraiment prêt ?
PAROLES D'EXPERTS

EHDS : beaucoup d'établissements se pensent prêts. Le sont-ils vraiment ?

Publié le 22/06/2026

EHDS : beaucoup d'établissements se pensent prêts.

Mais Le sont-ils vraiment ?

Le sujet n'est plus seulement de comprendre le règlement. Il est de s'y préparer concrètement.

L'Espace européen des données de santé (EHDS) est désormais une réalité. Le règlement est entré en vigueur le 26 mars 2025 et son déploiement s'échelonnera progressivement jusqu'en 2031. Les grandes échéances sont connues. Les attentes également.

Pour les établissements de santé et médico-sociaux, l'enjeu dépasse largement la seule conformité réglementaire. L'EHDS marque une évolution profonde de la manière dont les données de santé seront échangées, gouvernées et valorisées à l'échelle européenne.

L'objectif est double : faciliter la circulation des données au service des soins tout en encadrant leur réutilisation pour la recherche, l'innovation, les politiques publiques et certaines activités réglementaires.

Elle devient : « Notre système d'information est-il prêt à évoluer dans ce nouveau cadre ? »

La véritable question n'est donc plus : « Connaissons-nous le règlement ? »

Passer de la connexion à la structuration

Pendant longtemps, l'interopérabilité a souvent été abordée sous l'angle technique : connecter deux applications, faire circuler un flux, répondre à un besoin métier ponctuel. Cette approche ne suffit plus désormais.

L'EHDS repose sur une ambition plus large : rendre les données compréhensibles, réutilisables, traçables et exploitables dans la durée grâce à des standards communs et à des règles harmonisées.

Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de faire circuler la donnée, mais de garantir sa qualité, sa gouvernance et sa capacité à être partagée dans un environnement de plus en plus ouvert.

Cette évolution change profondément la manière d'aborder les systèmes d'information.

Ce qui différenciera les établissements

La différence ne se jouera pas uniquement sur les outils déployés.

Elle dépendra avant tout de la maturité globale du système d'information.

De nombreux établissements disposent aujourd'hui de flux opérationnels et de solutions fonctionnelles au quotidien. Pourtant, derrière cette apparente robustesse se cachent parfois des architectures complexes, des interfaces accumulées au fil du temps, une documentation incomplète ou une faible visibilité sur les dépendances existantes.

Dans ce contexte, chaque nouvelle exigence devient plus coûteuse, plus longue et plus risquée à mettre en œuvre.

À l'inverse, les organisations qui connaissent leurs flux, maîtrisent leurs référentiels et disposent d'une gouvernance claire seront naturellement mieux préparées aux évolutions à venir.

L'interopérabilité n'est plus un sujet uniquement technique

L'une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer l'interopérabilité comme un sujet réservé à la DSI.

L'EHDS démontre au contraire qu'elle concerne l'ensemble de l'organisation.

Continuité des soins, gouvernance de la donnée, sécurité, pilotage des accès, qualité de l'information, coordination entre métiers et numérique : tous ces sujets sont désormais étroitement liés.

La réussite ne dépendra donc pas uniquement des choix technologiques, mais de la capacité des établissements à mobiliser l'ensemble des acteurs concernés autour d'une vision commune.

Notre conseil : commencer par trois questions simples

À ce stade, beaucoup d’établissements se demandent par où commencer. Notre recommandation est simple : avant même de parler feuille de route complexe, il faut être capable de répondre clairement à trois questions.
Trois questions que les établissements devraient déjà se poser :

1. Savez-vous réellement quelles données circulent dans votre système d'information ?

Quelles données sont échangées ? Entre quels outils ? Pour quels usages ? Avec quelles dépendances ?

Mais une autre question devient tout aussi essentielle : où se trouve votre source de vérité ?

Lorsque plusieurs applications manipulent les mêmes informations — identité du patient, séjours, prescriptions, comptes rendus ou résultats — savez-vous quelle donnée fait référence ? Comment est-elle mise à jour ? Comment sont gérés les écarts, les doublons ou les incohérences ?

Pendant longtemps, les systèmes d'information hospitaliers se sont construits autour de flux d'échanges entre applications. Cette logique a permis de répondre à des besoins opérationnels, mais elle ne garantit pas toujours une vision cohérente et partagée de la donnée.

Avec l'EHDS, l'enjeu évolue. Il ne s'agit plus seulement de faire circuler l'information, mais de disposer de données structurées, traçables, réutilisables et partageables selon des standards communs.

Sans visibilité claire sur les flux, les dépendances et les référentiels de données, il devient difficile d'anticiper les impacts des évolutions réglementaires et technologiques à venir. Cette connaissance constitue le premier socle de préparation.

2. Qui pilote aujourd'hui l'interopérabilité... et surtout la donnée ?

Le sujet est-il porté uniquement par la DSI ou fait-il l'objet d'une gouvernance partagée entre directions métiers, DIM, équipes numériques et responsables de la donnée ?

Dans de nombreux établissements, l'interopérabilité est pilotée par les équipes techniques tandis que la responsabilité de la donnée reste répartie entre plusieurs acteurs, parfois sans gouvernance clairement définie.

Or l'EHDS ne pose pas uniquement des questions d'échanges entre applications. Il interroge la manière dont les établissements gouvernent leur patrimoine informationnel.

Qui définit les règles de qualité des données ? Qui arbitre les référentiels ? Qui garantit la cohérence des informations entre les différents outils ? Comment préparer les futurs projets et appels d'offres pour répondre aux nouvelles exigences de partage et de réutilisation des données ?

L'enjeu dépasse donc largement la seule interopérabilité. Il concerne la gouvernance, l'organisation et les choix structurants qui façonneront le système d'information des prochaines années.

3. Votre système d'information est-il conçu pour évoluer dans les prochaines années ?

La question n'est plus seulement de savoir si le système d'information fonctionne aujourd'hui.

Est-il capable d'intégrer de nouveaux usages, de nouveaux standards et de nouvelles exigences de partage sans remise en cause profonde de son architecture ? Peut-il évoluer progressivement sans multiplier la complexité et les coûts ?

Pendant des années, les systèmes d'information de santé se sont organisés autour d'applications spécialisées : DPI, GAM, laboratoire, imagerie, pharmacie, etc. Chaque application gère ses propres données et échange avec les autres au travers de flux d'interopérabilité.

Ce modèle montre aujourd'hui certaines limites face aux nouveaux besoins de partage, d'exploitation et de valorisation de la donnée.

Avec l'EHDS, la donnée devient progressivement un actif commun qui doit pouvoir être accessible, réutilisé et partagé dans un cadre harmonisé. Les applications métiers resteront au cœur des usages, mais leur capacité à s'intégrer dans un écosystème ouvert deviendra un critère aussi important que leurs fonctionnalités.

Les choix réalisés aujourd'hui engagent souvent les établissements pour dix ans ou plus. La question n'est donc plus uniquement :

« Quel logiciel choisir ? »

mais également :

« Ce logiciel est-il conçu pour fonctionner dans un modèle où la donnée circule au-delà de ses propres frontières ?? »

À Okantis, nous considérons que l’interopérabilité ne peut plus être traitée comme un sujet d’exécution technique. Elle engage désormais la capacité des établissements à faire évoluer leur système d’information dans la durée, dans un environnement réglementaire et organisationnel en mouvement permanent.

L’EHDS ne change pas la nature des contraintes. Il rend visibles des choix déjà faits : la qualité de la gouvernance de la donnée, la lisibilité des architectures, la maîtrise des flux et la capacité d’adaptation du SI.

Dans ce contexte, la question centrale n’est pas d’être prêt ou non à une échéance donnée. Elle est de savoir dans quelles conditions un établissement peut continuer à intégrer de nouvelles exigences sans fragiliser son fonctionnement.

C’est précisément sur ce point que les prochaines étapes se jouent : non plus seulement la préparation à l’EHDS, mais la capacité à structurer une trajectoire d’évolution soutenable du système d’information.

Et c’est ce que nous aborderons dans un prochain sujet : comment passer d’une lecture de conformité à une stratégie d’évolution continue du SI.

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